Un jeu pour expérimenter les inégalités et comprendre le monde
Dans le cadre du parcours de formation humaine et religieuse (FHR), une expérience pédagogique originale a été menée auprès de classes de 3e : un jeu de rôle immersif intitulé “Tout est lié”. À mi-chemin entre simulation géopolitique et expérience humaine, ce dispositif invite les élèves à vivre concrètement les mécanismes des inégalités mondiales.
Un jeu pour vivre avant de comprendre
L’objectif du jeu est simple : faire expérimenter aux élèves des réalités socio-économiques complexes à travers une mise en situation concrète. En incarnant des “pays”, les élèves doivent produire des formes (ronds et carrés) à partir de ressources inégalement réparties : papier, outils (règles, compas, crayons), et population.
Très vite, les dynamiques émergent :
- certains pays disposent de nombreuses ressources,
- d’autres doivent faire face à une grande pauvreté,
- les échanges deviennent nécessaires pour produire.
Mais au-delà des règles, c’est l’expérience humaine qui est au cœur du dispositif.
Des comportements révélateurs
Ce jeu met en lumière une réalité essentielle : les résultats ne dépendent pas uniquement des ressources, mais des comportements humains.
Dans les différentes classes observées, des attitudes très variées apparaissent :
- certains élèves coopèrent, créent des alliances, s’organisent,
- d’autres restent centrés sur eux-mêmes ou entrent en compétition,
- certains vont jusqu’à tricher ou “prendre” sans construire,
- d’autres, face au manque, se mobilisent avec créativité.
Une remarque d’élèves illustre bien ces mécanismes :
“Nous sommes la France, nous n’avons pas besoin de vous.”
Une phrase qui, sur le ton de l’humour, révèle une posture de puissance et de fermeture.
À l’inverse, les classes où les élèves ont développé des alliances obtiennent de meilleurs résultats que celles marquées par le rejet.
Un monde en mouvement
Le jeu est ponctué d’événements qui viennent bouleverser les équilibres :
- un krach boursier modifie la valeur des productions,
- une grève paralyse un pays entier,
- des catastrophes naturelles détruisent des ressources,
- la découverte d’un gisement transforme la situation d’un pays pauvre.
Ces imprévus obligent les élèves à adapter leurs stratégies et renforcent leur attention à ce qui se passe chez les autres. Progressivement, ils prennent conscience que tout est interconnecté.
Un temps essentiel : la relecture
Le dispositif repose sur deux séances distinctes :
- Le jeu, moment d’engagement intense et souvent festif,
- La relecture, essentielle pour donner du sens à l’expérience.
Ce décalage dans le temps permet de “laisser retomber” l’effervescence et de favoriser une analyse plus profonde. Les élèves reviennent sur :
- les émotions vécues (frustration, enthousiasme, injustice),
- les choix posés,
- les dynamiques collectives.
Des observateurs (adultes ou élèves) jouent un rôle clé en relevant les comportements pour enrichir cette analyse.
Une expérience marquante pour les élèves
Les élèves vivent des situations fortes :
- le sentiment d’impuissance face au manque,
- la tentation de l’individualisme,
- la joie de la coopération,
- l’injustice ressentie face aux inégalités.
Parce qu’ils les ont vécues, ces réalités deviennent concrètes. Le jeu permet ainsi de comprendre “par la tête et par le cœur”.
Un outil au service du parcours citoyen
Ce jeu trouve pleinement sa place dans le parcours citoyen :
- il développe la réflexion éthique,
- il questionne les responsabilités individuelles et collectives,
- il invite à se positionner : “À notre place aujourd’hui, que faisons-nous ?”
Il peut également être relié à des réflexions plus larges, notamment autour de l’écologie intégrale et de l’interdépendance des sociétés.
Une mise en œuvre adaptable
Expérimenté dans six classes, le jeu fonctionne particulièrement bien en format classe (environ 12 “pays”). Il nécessite :
- une préparation matérielle simple,
- une organisation précise,
- idéalement plusieurs observateurs.
Le dispositif peut être partagé et réutilisé : livrets joueurs et observateurs, déroulé, répartition des ressources… autant d’outils transmissibles pour d’autres établissements.
Une expérience qui rejoint la pédagogie ignacienne
Le jeu “Tout est lié” s’inscrit pleinement dans la dynamique de la pédagogie ignacienne, qui articule expérience, relecture et engagement.
“Tout est lié” montre avec force que l’apprentissage ne passe pas seulement par les savoirs, mais aussi par l’expérience vécue.
En mettant les élèves en situation, ce jeu révèle une vérité fondamentale : ce ne sont pas seulement les richesses qui font le monde, mais les relations que nous choisissons de construire.





